MLLe mérou : Epinephelus guaza ( Linné ) C'est un des plus gros poissons qu'on peut espérer chasser (avec la liche) en mer algérienne, c'est le seigneur du fond marin. Il dépasse 1m 50 pour plus de 40 kg. Il a une mâchoire inférieure moins prohéminente que l'abadèche, une coloration brun-verdâtre tachetée de clair. Son opercule est orné de 3 piquants sur son bord postérieur. Sa nageoire pectorale est très large, avec une bordure claire. Sa nageoire caudale est ronde. C'est un poisson typique de la roche, parfois très près du bord. Très commun sur la côte algérienne.
Prédateur (il se prend aussi à la traîne avec des poissons nageurs), il se nourrit de poissons et principalement de céphalopodes ; combien de poulpes avons-nous trouvé dans son estomac ! Des fois on y a trouvé 2 canthères (1kg chacune!), des rougets, des sars, des orphies et surtout des saupes. Il se poste à l'ombre des rochers pour chasser. Il possède des accélérations fulgurantes. D'ailleurs souvent, on n'entend que le "boum " de son démarrage sans le voir. On voulait faire un agachon tout près de lui sans l'apercevoir !
Pour cela il faut bien scruter le fond avant tout, surtout les zones d'ombres. Si les conditions ne le permettent pas (eau trouble, fond important), alors des demi-plongées sont nécessaires. Après une plongée, même fructueuse, et avant de monter; il faut toujours regarder au loin, dans une faille, derrière un rocher, un herbier, pour espérer y déceler un mérou. Il affectionne les reliefs accidentés. On le recherche surtout à la lisière sable-rocher ou sable-herbier. Le mérou est sédentaire, il a une demeure où il s'y cache. Il a aussi ses postes de chasse (il pratique si bien l'agachon !). Quelquefois, on le trouve allongé sur le sable, prenant un bain de soleil ! Mais la roche n'est jamais bien loin. Les mérous de 5 à 8kg sont plus méfiants, donc plus difficiles à prendre que les gros ( 15 kg et plus ). Ceci à cause de la profondeur. A 25 m de fond, on peut tomber sur un mérou qui n'a jamais vu un être humain ! Curieux, il restera là à vous dévisager, ce qui causera sa perte ! Sa nageoire dorsale est puissante et piquante. C'est avec elle qu'il se cale (il " grotte ") en s'aidant des aspérités du trou.
Un mérou mal tiré et qui rentre dans son trou profondément, et alors adieu à la flèche et au mérou ! Il ne faut jamais le tirer n'importe comment. Il possède une force inouïe !Il faut faire très attention avec lui, il peut être source de danger. Maintes chasseurs se sont faits tuer ( je dirais plutôt suicidés ) par un mérou.
Il y a deux raisons à cela :
La première est directement liée au poisson :
Quand il se coince dans son trou, il peut arriver à ce que le fil de l'arbalète s'accroche à une partie du corps (pied, main, sangle de la palme, poignard, ). Alors il vous coince avec lui. Seul remède : le couteau. C'est là qu'il montre toute son utilité ! Il faut avoir assez de sang froid, rester calme pour prendre les décisions qui s'imposent mais à la vitesse " lumière ". Les secondes sont précieuses.
Après l'avoir tiré, il arrive qu'il vous entraîne violemment. Si votre tête n'est pas loin d'un obstacle (bord du trou, tunnel ou rague ), il peut vous assommer. Il a une force terrible et cela arrive en une fraction de seconde (hein, Merouane !).
Cela m'est arrivé une fois, heureusement que le choc a été amorti par mon épaule. Pourtant ce mérou là ne faisait que 4,5 kg (et par ce que je suis un poids plume !).
Une autre fois encore, après l'avoir tiré, et ne réussissant pas à l'extraire de son trou, étant presque à bout de souffle, je décidais de remonter à la surface pour une deuxième tentative. Comme mon fusil sans sa flèche est flottant, il est resté pendant sous l'eau. Lors de la remontée, la sangle de ma palme s'est prise dans le fil. Brusquement, mon ascension s'arrêta nette.
Après un premier instant de panique (je tiraillais la jambe dans tous les sens, sans résultat ) j'ai ôté carrément la palme et remontais vers la surface salvatrice à bout de souffle ! Le commun des mortels ne pourra jamais avoir pleinement conscience de cet "or en barre " qu'est l'oxygène.
Depuis ce jour là d'été 88, j'enrobe les sangles de mes palmes de "chatterton".
Le deuxième danger, et non des moindres , est lié indirectement au mérou. Après l'avoir mal tiré, et pour le faire sortir de son refuge, il est parfois nécessaire de lui consacrer une douzaine de plongées (descente et remontée). La fatigue aidant, et dans le feu de l'action, on ne s'oxygène pas convenablement à la surface. Le taux de CO2 s'amasse dans les poumons, et c'est la syncope !
Je me souviens encore de cette main venue du ciel! Hein, Merouane!
C'était après d'intenses efforts que j'ai réussi à l'extraire de son trou. D'une main , je le tenais par les yeux et de l'autre par la flèche. Après 5 à 6 m de remontée , le mérou se retourna brusquement dans un dernier effort (lui aussi était groggy) pour regagner le fond. J'eus juste le temps de le coincer entre mes cuisses. Entretemps , il m'entraînait doucement vers les "abysses ". Je ne savais que faire. Le lâcher et remonter? Car je ne pouvais palmer. Au moment où je commençais à voir du" brouillard " et des" étoiles ", je vis une main gantée prendre fermement le mérou par la gueule et de l'autre me pousser vers le haut ! Mon petit frère suivait l'action du début et avait anticipé.
C'est vrai, on a souvent besoin d'un plus petit que soi!
Et depuis ce jour là, on chasse à deux. Seulement, à chacun sa zone. On n'empiète jamais sur le territoire de l'autre, mais on n'est jamais loin l'un de l'autre. Il y a une entente tacite entre frères. J'attends qu'il monte pour descendre. Lui aussi, mais pas sur la même pierre ! Attention ! .
On a un esprit indépendant, d'ailleurs la chasse est un sport individuel. Mais au moindre signe de l'un, on est présent car on se surveille mutuellement, même de loin.
Même à la pêche au surfcasting (canne posée devant le ressac), quand nous sommes 3 ou 4 côte à côte, si la canne de l'un se plie et que son propriétaire est absent momentanément, on ne la touche point ! On l'appelle. C'est peut-être bête, mais c'est comme cela. Après tout, la chasse ou la pêche, on les pratique par pur plaisir. Ce qui nous intéresse avant tout, c'est non pas le poisson en premier mais la manière de le prendre. La fin ne justifie pas les moyens ! Et puis la côte algérienne offre encore un large éventail de belles prises. Il y a encore beaucoup de poisson chez nous. Comme l'a si bien dit un pêcheur breton, pris par nos gardes côtes en train de pêcher dans nos eaux territoriales : " mais c'est parce que votre poisson meurt de vieillesse ! ". Sur les 1200 km de côte que compte l'Algérie, à part les 300 km à peu près qui encadrent la capitale Alger (150 à l'ouest et 150 à l'est), on peut dire que c'est un paradis pour le chasseur sous marin. On connaît des coins où le mérou est roi, il rivalise en nombre avec le sar.
Pour éviter toutes les tracasseries inhérentes à la chasse du mérou, un seul remède, le plus simple et le plus difficile : le tuer lors du premier tir ! C'est bon pour vous et pour lui !
Que dites-vous d'un mérou coincé dans la roche avec une flèche fichée dans le corps, subissant des tirs répétés avec un " attendrisseur " (flèche ne comportant pas d'ardillon pour le piquer autant de fois qu'il faut ). Je ne sais quel est ce "bourourou " qui l'a nommé ainsi !
Ensuite on sort en exhibant son trophée pour leurrer son ego ou pour vendre son exploit.
Une seule flèche, un seul tir suffit. C'est vrai que c'est plus facile à dire qu'à faire. Il faut s'appliquer en prenant quelques précautions :
- Approche :
Il faut l'approcher le plus possible : à moins de 2m, 1m 50 est la distance idéale (pointe de la flèche poisson naturellement). Se munir d'un fusil puissant, une arbalète de 90cm de longueur suffit largement. Parfois, le poisson ne vous voyant pas arriver, vous pouvez être tenté de le tirer de très prés. Cela est mauvais. Il faut toujours laisser un minimum d'1m entre la flèche et le poisson pour donner le temps aux sandows de s'étirer complètement, et ainsi donner toute la force de pénétration à la flèche.
- Où le tirer ?
Le meilleur endroit, mon frère Mohamed l'appelle le triangle magique, se situe au-dessus des yeux, lorsque le mérou se présente de face. On le foudroie sur le coup ! Malheureusement, ce n'est pas souvent qu'il se présente ainsi.
La tempe ou l'il s'il est de profil ou de trois quarts. Réservé aux tireurs d'élite ! Car dans cette position, il est prêt à détaler.
En règle générale, et dans n'importe quelle position, viser vers le centre de gravité de la tête.
Il m'est arrivé une fois de le toucher de bas en haut. La flèche pénétrant par la mâchoire inférieure et se fichant profondément dans le palais, l'assomma. Ce qui me donna assez de temps pour le hisser jusqu'à la surface sans peine.
Une flèche en plein corps(surtout de haut en bas) peut donner de bons résultats, surtout s'il n'est pas devant son refuge(dehors, ou sous une pierre aérée).
Si j'ai un doute quelconque avant le tir (mauvaise posture du poisson, fin de plongée, fond inaccessible pour le chasseur ), je ne presse pas sur la gâchette (même si mon arbalète est équipée d'un moulinet). Il y aura toujours demain et s'il le faut l'année prochaine ! Plusieurs fois on sort bredouille. On est toujours intact et le matériel aussi, et c'est pour revenir toujours à la charge !
On peut prendre toutes les précautions et se tromper. Seulement on a fait ce qu'il fallait faire. Il faut respecter le poisson.
Plus grosses prises : 16,5 kg (Zeine-eddine ) , 14 kg (Merouane) , 13 kg 200 (Mohamed)