MLe rouget:
Après le sar, c'est le poisson qu'on prend le plus (du point de vue nombre), à cause de sa chair savoureuse, pardi ! A la braise, il est excellent.
Le rouget pullule sur nos côtes. Il y a 2 sortes de rouget : de roche (Mullus surmuletus " Linné ") ou de vase (Mullus barbatus " Linné "). Différentiation immédiate entre les deux : le rouget de roche a la nageoire dorsale teintée de marbrures rouges, bleues et jaunes. Alors que celle du rouget de vase est de couleur uniforme. Atteint 40 cm pour plus d'un kilogramme !
Notre plus grosse prise : 820 g (Merouane).
Il vit surtout dans les parages des lisières sable-rocher. Il vit en banc , jusqu'à une centaine. Par contre, les gros sont solitaires, tout au plus par 2.
On connaît certains coins, quand le temps s'y prête, d'où l'on peut ramener en quelques heures de chasse des rougets en quantité.
Par un après-midi d'été 89, alors que des invités venaient juste d'arriver, Merouane prit son sac de chasse et partit en me disant :
" Je vais aux " poules " ( surnom d'un poste ), pour le dîner ".
Quelques instants plus tard, l'un des invités me demanda où était passé Merouane.
" Il est parti chercher un peu de rouget pour le souper " répondis-je.
- Il y a un vendeur de poisson dans le village ?
- Non, il va le prendre à la mer. Dis-je d'un ton sérieux.
-Quoi? Vous êtes sûr d'attraper du poisson, et du rouget en plus ! Ironisa-t-il, incrédule.
Mais moi, j'avais confiance en mon plus jeune frère. Et effectivement, avant le crépuscule, on le vit arriver, tout rougi par le soleil et par les 5 kilomètres (aller et retour) à pied avec tout son barda.
Butin : quelques sars, un petit denti de 2 livres et oh ! merveille, car ma parole était en doute, 14 rougets pour 2,7 kg . Ouf, l'honneur familial était sauf !
Quand l'eau est claire et pas trop profonde, on repère le rouget de la surface.
C'est un ou des traits fins posés sur le sable en bordure de la roche ou des herbiers. Si l'eau est profonde, c'est par des demi-plongées ou accidentellement qu'on tombe dessus.
Tous mes frères le chasse à la coulée (technique de la " feuille morte " tombant de son arbre ) tel un aigle fondant sur sa proie. Il faut y aller très doucement, soignant à la perfection son canard pour être silencieux, car parfois le poisson est juste là à 5 ou 6m en dessous. Il est préférable de descendre sur le poisson non pas à la verticale mais en biais, en choisissant les pièces isolées du groupe pour ne pas l'effrayer. Quant à moi, je le rate beaucoup ainsi. C'est vrai qu'avec un trident, ce serait mieux. Et si un denti ou un mérou se présentait ? On préfère, et de loin, la tahitienne ! Pour cela j'utilise un moyen un peu biscornu mais qui reste satisfaisant. Je me pose sur le fond, loin du rouget (3 à 4m) et je m'avance vers la cible très doucement en rampant presque sans bouger. Mon fusil étant posé à même le sol dans le prolongement du bras et du regard me permet de bien viser. C'est comme cela qu'on peut espérer faire des doublets, en ajustant deux rougets posés l'un derrière l'autre.
Après le tir, lâcher le fusil, la flèche pesant sur le poisson l'immobilise les quelques secondes permettant la ruée sur lui pour le prendre à pleine main. De retour à la surface et à l'air libre, il devient très rouge un court instant avant de mourir. Il faut toujours achever le poisson avant de l'accrocher (bouée, ceinture). J'utilise un forte aiguille (de mon accroche poisson ) que j'enfonce dans la tète du poisson, dès qu'il tremblotte, cela veut dire que j'ai atteint son centre nerveux. Cette méthode est applicable pour tous les petits poissons. Pour les autres grands gabarits, le couteau ou mieux, la dague fait l'affaire .