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Extrait : Didier Desprat
 
La chasse de la liche en vidéo (1,17 Mo)
Extraits de films

Techniques de chasse de la Liche avec Robert Stromboni
Dossier/ Reportage réalisé par CORBUSMIL, 26 septembre 2007
 
Merouane Les ouvrages de Robert et Jeannette Stromboni se doivent de figurer dans la bibliothèque de tout collectionneur.
   

Les livres du couple Stromboni représentent la somme la plus importante d'informations jamais consacrées à notre sport. Ce sont de véritables encyclopédies, dans lesquelles les strcutures fédérales, la formation et l'enseignement, les aspects techniques du matériel, la pratique de la compétition étaient abordés dans les moindres détails. Et une expérience jamais renouvelée de la publication, sous forme de livre, de dizaines de cartes détaillées, portant des indications précises et utiles aux chasseurs : type de fond, poissons présents, observations diverses, etc.

Stromboni: C'est le poisson des eaux méditerranéennes, le plus sportif à chasser. Avec lui la chasse sous-marine prend une autre dimension. Il faut préciser qu'il s'agit de la liche « ami » et non pas des liches « Clanque » ou « vadigo », ou autres « bonites » qui, si elles ont un intérêt évident pour la chasse, n'en n'ont pas le caractère sportif dont il est question ici.
Chasser la liche dans les abysses avec CORBUSMIL Vidéo CORBUSMIL
Elle est en effet d'un poids respectable puisqu'il est fréquent d'en tirer de 15, 20 et même 30 kg. Elle doit pouvoir atteindre 40 kg peut-être plus et mesurer 2 mètres. D'autre part c'est un poisson essentiellement de pleine eau et contrairement à d'autres belles pièces, comme le mérou, elle est taillée pour la nage. Il faut donc voir ce magnifique poisson aux lignes pures se battre une fois tiré ! Il est impensable de le tirer sans un armement spécial adapté à cette chasse et surtout, il est impératif de chasser en équipe de deux, car possédant une puissance inouïe, la liche peut se déchirer facilement, il est donc nécessaire de la doubler. D'autre part certains dangers existent.    
Je pense qu'il est tout de même moins dangereux de prendre des liches que des mérous car le problème de la profondeur n'apparaît pas et les efforts violents à effectuer à 20 mètres et plus sont éliminés. Je dirais même que c'est plus facile, mais à condition d'avoir assimilé correctement la technique indispensable.  
La liche comme les autres poissons est curieuse, elle vient donc contempler cet être bizarre qu'est le chasseur sous-marin. Il faudra donc exploiter cet avantage car sa méfiance naturelle prendra vite le dessus et alors elle croisera à une distance respectable, surtout si elle a déjà été chassée dans cette région et surtout si de ses congénères ont déjà été blessées. Mais des chasseurs intelligents ont cherché à défier cette crainte et se sont aperçus que la liche a peur des yeux ? Ils ont donc commencé par tirer en regardant ailleurs, mais c'était très difficile et les résultats ne furent pas bons. Puis à ciller des yeux, le résultat ne fut pas meilleur. Puis, Guy Liéna eut l'idée de mettre la main devant le masque et de ne regarder qu'à travers les doigts légèrement écartés. Ce fut le « truc » recherché et presque infaillible. J'ai expérimenté moi-même cette méthode et je puis affirmer qu'elle est efficace. Il ne faut pas croire qu'il faille procéder ainsi sans aucune précaution préalable, mais c'est le dernier obstacle qui permette de franchir les quelques mètres nécessaires entre le poisson et la pointe du fusil, et qui restaient très souvent infranchissables jusque-là.    
Quand trouve-t-on les liches et où ? Pour s'accoupler et frayer, les liches s'approchent du rivage où elles sont assurées de trouver une nourriture abondante et ceci début juillet en Méditerranée. Mais elles n'éliront pas domicile n'importe où.    
Elles affectionnent l'eau pure et vive des « secs » aussi ne les trouve-t-on pratiquement que là. Des milliers de petits poissons évoluent dans ces lieux sur une couche de plusieurs mètres. La liche les gobe goulûment en maintenant grande ouverte sa gueule. On l'entend d'ailleurs nettement se refermer après chaque bouchée.
Vidéo CORBUSMIL
Il est primordial d'arriver sur le lieu de chasse tout équipé prêt à entrer en action. Si les liches sont là, (il est facile de le vérifier car souvent attirées par le moteur au ralenti), elles viennent à la surface à tel point qu'on les voit à l'œil nu. Ou alors avec le masque et le tube en trempant la tête dans l'eau on peut découvrir le spectacle magnifique du banc de liches chassant de tous côtés, on est presque assuré d'un tir. Il faudra se mettre à l'eau le plus délicatement possible, armer rapidement le fusil, sans s'occuper de ce qui se passe autour et sans plonger, il arrivera souvent de tirer une liche, la plus près sans avoir besoin de plonger. Il arrive même, en mettant la tête dans l'eau de tirer les liches du bateau. C'est dire leur curiosité au début de la chasse et surtout au début de la saison. Après, le problème sera plus ardu et il faudra user de la technique citée précédemment, en effectuant des agachons en pleine eau entre le sec et la surface. Le terme agachon est peut-être ici mal employé, car il est dans ce cas impossible de se cacher, c'est plutôt une attente prolongée en pleine eau à découvert, prêt à mettre la main devant le masque dès qu'apparaît une liche.
La plongée devra être discrète et aucune nervosité ne devra interrompre cette succession de mouvements lents et calmes pendant cette attente.
Liche de 40 kg capturée par Esclapez à Ustica en 1972. A ses côtés Nanaï.
La vue joue, ici aussi, un rôle important. Contrairement à ce qu'on croit malgré leur volume important, les liches sont difficiles à détecter de loin. On n'a en effet  aucun point de repère, à part le sec, on est suspendu entre celui-ci et la surface, et les liches peuvent apparaître de tous côtés. On a d'ailleurs tendance à trop regarder  vers le bas, et il n'est pas rare de se trouver avec l'une d'elles à gauche ou à droite sans l'avoir vue arriver. Le mouvement brusque de la tête dû à la surprise ou l'émotivité sera suffisant pour la faire partir avant d'avoir pu l'ajuster. D'autre part si la liche est d'un gris sombre sur toute sa partie dorsale, elle est d'un gris argenté à sa partie ventrale et sous la gueule. Les extrémités des nageoires pectorales sont plus claires. C'est donc à ces surfaces visibles que souvent on la verra apparaître au loin dans le bleu à 20 ou 25 mètres, distance souvent nécessaire pour prendre toutes dispositions nécessaires.
La liche viendra très souvent franchement puis fera « volte-face » et fera mine de s'éloigner, puis se ravisera, hésitera et petit à petit se rapprochera. C'est là le moment crucial, il faut être immobile, le fusil dans la main droite et la main gauche devant le masque. Le plombage de la ceinture de lest doit être indifférent pour 7 à 8 mètres. Elle se présentera de trois quart ou carrément de côté. Il faut viser le tiers supérieur dont la chair plus consistante évitera peut-être de la perdre dans le combat qui va suivre. Il faut rester immobile et attendre que la liche soit à environ deux à trois mètres de la pointe du fusil, elle viendra rarement plus près. Une fois touchée elle a quelques secondes d'immobilité, puis c'est une plongée éperdue dans le « bleu ». Elle lutte avec une énergie incroyable, on est d'ailleurs obligé de lâcher de la corde, car il est impossible de la tenir du moins au début où elle jette toutes ses forces. Elle se frotte contre le rocher du sec, cherchant à s'arracher la flèche, mais il faut essayer en jouant sur la corde qu'elle n'y parvienne. Des partenaires viennent souvent à son secours et se frottent contre l'amie blessée. Il est d'ailleurs possible à ce moment-là, si les conditions s'y prêtent (profondeur, équipier à proximité, etc.)d'en tirer facilement une seconde car elles sont absorbées par l'événement du moment. Je me suis d'ailleurs trouvé dans la situation embarrassante, ne sachant que faire, ou doubler le poisson déjà tiré ou en tirer un autre se présentant à la pointe du fusil. J'optais finalement pour la solution la plus sage et doublais celui déjà atteint pour assurer la prise. Petit à petit, elle va se fatiguer et ne luttera plus que par intermittence, mais toujours aussi rageusement. A chaque réaction violente, il faut lâcher du fil et dès qu'elle s'arrête en profiter pour gagner quelques mètres. Epuisée, elle remontera d'elle-même à la surface, c'est le moment idéal que choisira le coéquipier pour la doubler le mieux possible. A ce moment, la liche a perdu la partie en général, elle ne résistera plus et la main. gantée c'est plus prudent, passée dans les ouïes la maintiendra en surface facilement et l'accompagnera jusque sur le bateau.
Certains préconisent de tirer dans la colonne vertébrale. Le coup est mortel mais il est très difficile de le réussir, car si elle est très longue, elle est par contre très étroite. Il faut être très adroit, d'autant plus que la ligne latérale très visible et qui est dans l'alignement de la colonne vertébrale pendant une certaine longueur, se décale nettement aux deux tiers de la longueur environ.     
Quelquefois, la liche sera tellement confiante qu'elle arrivera de face, il y a donc la possibilité de la tirer comme elle se présente, mais tel un toréador, il faudra éviter de se faire empaler par sa propre flèche. Je crois qu'il est plus prudent de la laisser passer et de tirer au passage, mais il faut anticiper car elle va très vite.

 

Septembre 2007